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Huile d'onagre : une alliée pour les femmes ? Bienfaits, utilisation et précautions

Mylène
31 août 2024
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 sept.



L'huile d'onagre a le vent en poupe dans les rayons de compléments alimentaires dédiés au bien-être féminin. Cycle menstruel, syndrome prémenstruel, fertilité, ménopause... elle est présentée comme une solution naturelle à de nombreux désagréments hormonaux. Mais que dit réellement la science derrière ces promesses ? Voici un tour d'horizon complet, entre bienfaits documentés, usages traditionnels et précautions indispensables.


Qu'est-ce que l'huile d'onagre ?

L'huile d'onagre est extraite par pression à froid des petites graines de l'Oenothera biennis, une plante originaire d'Amérique du Nord surnommée « belle de nuit » en raison de ses fleurs jaunes qui s'épanouissent au crépuscule. Elle est traditionnellement utilisée depuis des siècles pour ses vertus sur la peau et les affections cutanées.

Sa particularité biochimique : une teneur exceptionnelle en acide gamma-linolénique (AGL ou GLA), un acide gras polyinsaturé de la famille des oméga-6. Une fois absorbé, l'AGL est converti par l'organisme en acide dihomo-gamma-linolénique (DGLA), précurseur de prostaglandines de type 1 (PGE1) impliquées dans la régulation de l'inflammation et, potentiellement, dans certains mécanismes hormonaux.

C'est cette teneur en GLA qui explique pourquoi l'huile d'onagre est si souvent associée à la santé hormonale féminine, du syndrome prémenstruel à la ménopause.


Onagre : Oenothera biennis

Huile d'onagre et cycle menstruel : quels bienfaits ?

C'est l'un des usages les plus recherchés : l'huile d'onagre pour les femmes confrontées à des règles douloureuses, à un syndrome prémenstruel marqué ou à une poitrine sensible avant les règles.


Huile d'onagre et syndrome prémenstruel (SPM)

Le GLA contenu dans l'huile d'onagre pourrait moduler la production de prostaglandines impliquées dans l'inflammation et la sensibilité des tissus, ce qui a conduit à l'étudier dans le cadre du SPM. Certaines études cliniques, comme celles menées par Saki et ses collègues, rapportent une amélioration de symptômes tels que l'irritabilité, la sensation de mal-être général et les douleurs mammaires après plusieurs mois de prise régulière.

Il faut toutefois rester prudent : les données restent hétérogènes d'une étude à l'autre, et plusieurs méta-analyses plus récentes n'ont pas confirmé une supériorité nette de l'huile d'onagre par rapport à un placebo, notamment pour la mastalgie (douleurs aux seins) cyclique. Les effets, quand ils existent, sont généralement progressifs et ne se manifestent souvent qu'après 3 à 4 mois de prise continue.


Huile d'onagre et douleurs de règles

Pour les douleurs de règles à proprement parler (dysménorrhée), les preuves scientifiques sont encore plus limitées que pour le SPM. L'huile d'onagre est parfois utilisée en complément d'une approche plus globale (alimentation anti-inflammatoire, activité physique, gestion du stress), mais elle ne doit pas remplacer un avis médical en cas de douleurs intenses ou invalidantes, qui peuvent révéler une endométriose ou une autre pathologie sous-jacente.


Huile d'onagre et équilibre hormonal

L'expression « équilibre hormonal » revient beaucoup dans le marketing autour de l'huile d'onagre. En réalité, elle ne contient pas d'hormones ni de phyto-œstrogènes : son action passerait uniquement par la voie des prostaglandines. Elle n'a donc pas vocation à « rééquilibrer » les hormones au sens strict, mais pourrait contribuer, chez certaines femmes, à atténuer des symptômes liés aux fluctuations hormonales du cycle.



Huile d'onagre et fertilité : mythe ou réalité ?

L'huile d'onagre est très populaire chez les femmes en parcours de conception, en particulier pour son effet supposé sur la glaire cervicale.


Huile d'onagre et glaire cervicale

L'idée circule largement : le GLA participerait à la production de prostaglandines qui favoriseraient une glaire cervicale plus abondante et plus fluide, facilitant ainsi le passage des spermatozoïdes autour de l'ovulation. Cette hypothèse repose davantage sur la logique du mécanisme d'action de l'AGL que sur des essais cliniques robustes menés spécifiquement sur la fertilité humaine. Les données solides manquent pour l'affirmer avec certitude.


Comment l'utiliser dans un désir de conception ?

Dans les usages traditionnels rapportés par les praticiens en naturopathie, l'huile d'onagre est généralement prise de la fin des règles jusqu'à l'ovulation, puis interrompue. Cette fenêtre correspond à la période où l'on cherche à favoriser la qualité de la glaire cervicale, avant que la progestérone ne prenne le relais en seconde partie de cycle.

Il est important de le rappeler : l'huile d'onagre n'est pas un traitement de l'infertilité et ne remplace en aucun cas un accompagnement médical en cas de difficultés à concevoir. En cas de désir de grossesse depuis plus de 12 mois (ou 6 mois après 35 ans), une consultation reste la priorité.



Huile d'onagre et ménopause / périménopause

C'est un autre terrain d'usage très répandu, la périménopause s'accompagnant souvent de bouffées de chaleur, de sautes d'humeur, de sécheresse cutanée et de troubles du sommeil.

Certains essais cliniques randomisés en double aveugle ont observé une amélioration de symptômes psychologiques de la ménopause (irritabilité, anxiété légère) après plusieurs semaines de supplémentation. En revanche, concernant les bouffées de chaleur spécifiquement, les résultats des études sont beaucoup plus mitigés : plusieurs essais n'ont pas montré de différence significative par rapport au placebo. L'huile d'onagre ne doit donc pas être présentée comme une solution garantie contre les bouffées de chaleur, même si elle peut être testée dans une approche globale, en parallèle d'autres mesures (activité physique, alimentation, gestion du stress, avis médical si les symptômes sont invalidants).



Comment utiliser l'huile d'onagre ?


Sous quelle forme ?

L'huile d'onagre se trouve principalement sous forme de capsules ou perles (huile encapsulée pour masquer le goût et protéger l'huile de l'oxydation), plus rarement en flacon d'huile à utiliser par voie cutanée sur la peau ou les cheveux.


Quand la prendre ?

  • Pour le confort menstruel et le SPM : en cure continue, idéalement sur plusieurs cycles, car les effets sont progressifs.

  • Dans un désir de conception : classiquement de la fin des règles jusqu'à l'ovulation.

  • Pour la ménopause : en cure de plusieurs semaines à plusieurs mois, à réévaluer selon la tolérance et l'évolution des symptômes.

  • Les capsules se prennent généralement au cours d'un repas, pour améliorer l'absorption des acides gras.


Quel dosage ?

Les dosages varient selon les produits et les usages, mais on retrouve le plus souvent des apports quotidiens compris entre 500 mg et 3 g par jour dans les études et les recommandations des fabricants, répartis en 2 à 3 prises. Il n'existe pas de dosage universel validé pour chaque usage : il est préférable de suivre les indications du produit choisi et, idéalement, de demander conseil à un professionnel de santé ou à un naturopathe, en particulier pour un usage prolongé.


Huile d'onagre en naturopathie

En naturopathie, l'huile d'onagre est généralement recommandée en cure de 2 à 3 mois, souvent associée à l'huile de bourrache (également riche en GLA) et proposée dans une approche plus large intégrant alimentation, gestion du stress et hygiène de vie, plutôt que comme une solution isolée.


gélules d'onagre

Contre-indications et effets secondaires de l'huile d'onagre

L'huile d'onagre est globalement bien tolérée sur le court terme, mais elle n'est pas anodine et présente de réelles contre-indications à connaître avant de se lancer.

Effets secondaires possibles :

  • Troubles digestifs légers (nausées, inconfort abdominal, diarrhées)

  • Maux de tête

  • Réactions cutanées en cas d'application topique chez les peaux sensibles

Contre-indications et précautions importantes :

  • Épilepsie : l'huile d'onagre pourrait abaisser le seuil de convulsion et est déconseillée chez les personnes épileptiques ou sous traitement antiépileptique.

  • Troubles de la coagulation ou traitement anticoagulant/antiplaquettaire (warfarine, aspirine, clopidogrel...) : l'huile d'onagre a un léger effet fluidifiant sanguin et peut augmenter le risque de saignement.

  • Intervention chirurgicale prévue : il est recommandé d'arrêter la prise au moins deux semaines avant.

  • Grossesse : son innocuité pendant la grossesse n'est pas clairement établie ; elle est généralement déconseillée sans avis médical, en particulier en fin de grossesse.

  • Traitements antipsychotiques (phénothiazines) : risque d'interaction augmentant le risque de convulsions.

  • Enfants et adolescents : usage déconseillé sans avis médical.

Dans tous les cas, en présence d'un traitement médicamenteux, d'antécédents médicaux particuliers ou d'un projet de grossesse, demandez l'avis d'un médecin, d'une sage-femme ou d'un pharmacien avant de démarrer une cure d'huile d'onagre.



Questions fréquentes sur l'huile d'onagre


L'huile d'onagre fait-elle vraiment effet sur le syndrome prémenstruel ?

Certaines études cliniques rapportent une amélioration de symptômes comme l'irritabilité ou les douleurs mammaires, mais uniquement après plusieurs mois de prise régulière (3 à 6 mois). D'autres essais et méta-analyses plus récentes n'ont pas confirmé d'effet supérieur au placebo. Les résultats varient donc selon les études et les symptômes concernés.


Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?

La plupart des études qui rapportent un bénéfice utilisent des cures longues, de 3 à 6 mois en continu. Une prise ponctuelle de quelques jours a peu de chances de produire un effet perceptible.


L'huile d'onagre aide-t-elle vraiment à tomber enceinte ?

Non, elle n'a pas d'action démontrée sur la fertilité elle-même. L'hypothèse d'un effet sur la qualité de la glaire cervicale repose sur le mécanisme d'action théorique du GLA, mais elle n'a pas été confirmée par des essais cliniques solides chez la femme. Elle ne remplace donc pas une prise en charge médicale en cas de difficultés à concevoir.


Peut-on prendre de l'huile d'onagre pendant la grossesse ?

Ce n'est pas recommandé sans avis médical : son innocuité pendant la grossesse n'est pas clairement établie, en particulier en fin de grossesse. Demandez toujours l'avis de votre sage-femme ou de votre médecin avant toute prise.


L'huile d'onagre soulage-t-elle les bouffées de chaleur de la ménopause ?

Les données sont mitigées. Certains essais rapportent une amélioration de la sévérité ou de la durée des bouffées de chaleur, tandis que plusieurs méta-analyses récentes ne montrent pas de différence statistiquement significative par rapport à un placebo. Elle est en revanche mieux documentée sur certains symptômes psychologiques de la ménopause.


Peut-on associer l'huile d'onagre à d'autres compléments ?

Elle est souvent associée à l'huile de bourrache ou à la vitamine E, notamment pour la mastalgie. Ces associations sont courantes en naturopathie, mais demandent aussi de vérifier l'absence d'interaction avec vos traitements en cours.



Conclusion

L'huile d'onagre, grâce à sa richesse en acide gamma-linolénique, s'est taillée une place de choix parmi les alliées naturelles de la santé féminine : confort menstruel, accompagnement de la fertilité, transition de la ménopause. Les données scientifiques disponibles restent cependant inégales selon les usages : plus solides pour certains aspects du confort cutané et de certains symptômes du SPM, plus limitées pour la fertilité ou les bouffées de chaleur. Elle peut constituer un complément intéressant dans une approche globale du bien-être hormonal, à condition de respecter les dosages, d'observer une cure suffisamment longue pour en juger les effets, et de rester attentive aux contre-indications — en particulier en cas de grossesse, d'épilepsie ou de traitement anticoagulant.




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Mylène, naturopathe spécialisée en fertilité et en équilibre hormonal



Cet article a un objectif informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Demandez toujours l'avis d'un professionnel de santé avant de débuter une supplémentation, en particulier en cas de traitement en cours, de grossesse ou de pathologie chronique.



Sources scientifiques :

  • Saki M, Akbari S, Saki M, Tarrahi MJ, Gholami M, Pirdadeh S. The effect of primrose oil on the premenstrual syndrome among the female students in Lorestan University of Medical Sciences: a triple blind study. J Nurs Midwifery Sci. 2015;2(1):20-26. Niveau de preuve : essai clinique en triple aveugle, effet significatif observé seulement après 6 cycles de traitement. DOI : https://doi.org/10.4103/2345-5756.231415

  • Horrobin DF. The role of essential fatty acids and prostaglandins in the premenstrual syndrome. J Reprod Med. 1983;28(7):465-468. Niveau de preuve : synthèse d'essais en double aveugle contrôlés contre placebo, données historiques. PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/6350579/

  • Ahmad Adni LL, Norhayati MN, Mohd Rosli RR, Muhammad J. A Systematic Review and Meta-Analysis of the Efficacy of Evening Primrose Oil for Mastalgia Treatment. Int J Environ Res Public Health. 2021;18(12):6295. Niveau de preuve : méta-analyse de 13 essais randomisés (1752 patientes) ; aucune différence significative versus placebo, AINS topiques, danazol ou vitamine E. DOI : https://doi.org/10.3390/ijerph18126295

  • Farzaneh F, Fatehi S, Sohrabi MR, Alizadeh K. The effect of oral evening primrose oil on menopausal hot flashes: a randomized clinical trial. Arch Gynecol Obstet. 2013;288(5):1075-1079. Niveau de preuve : essai randomisé contrôlé, amélioration significative de la sévérité des bouffées de chaleur mais pas de leur fréquence. DOI : https://doi.org/10.1007/s00404-013-2852-6

  • Kazemi F, Masoumi SZ, Shayan A, Oshvandi K. The effect of evening primrose oil capsule on hot flashes and night sweats in postmenopausal women: a single-blind randomized controlled trial. J Menopausal Med. 2021;27(1):8-14. Niveau de preuve : essai randomisé simple aveugle ; pas d'effet significatif sur les bouffées de chaleur, effet positif sur les sueurs nocturnes. DOI : https://doi.org/10.6118/jmm.20033

  • The Effect of Evening Primrose Oil on Menopausal Symptoms Management: A Systematic Review and Meta-Analysis. 2024 (6 essais randomisés, 450 femmes). Niveau de preuve : méta-analyse ; réduction non statistiquement significative de la fréquence des bouffées de chaleur (p = 0,05). PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41883983/

  • Marks DH, Prasad S, De Souza B, Burns LJ, Senna MM. Evening Primrose Oil (revue de synthèse, American Family Physician). Niveau de preuve : synthèse narrative de la littérature ; conclut à une efficacité non démontrée pour la mastalgie cyclique et le SPM, et déconseille l'usage pendant la grossesse par manque de données. Source : https://www.aafp.org/pubs/afp/issues/2009/1215/p1405.html

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Mylène Levallois

Naturopathe spécialisée en équilibre hormonal et fertilité

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