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Vitamine D et fertilité : pourquoi elle compte en projet bébé et en PMA

Mylène
21 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 sept.



Parmi tous les nutriments évoqués lorsqu'on prépare son corps à la conception, la vitamine D occupe une place particulière. Longtemps associée uniquement à la santé osseuse, elle est aujourd'hui étudiée de près par la recherche en médecine de la reproduction, tant chez la femme que chez l'homme. Et pourtant, c'est une carence largement sous-estimée : une grande partie de la population, en particulier dans les régions peu ensoleillées comme l'Est de la France, présente un taux insuffisant sans même le savoir.

Pour les couples en désir de grossesse, et plus encore pour ceux engagés dans un parcours de PMA (procréation médicalement assistée), cette question mérite d'être posée tôt : la vitamine D peut-elle réellement influencer les chances de concevoir ? Cet article fait le point sur le lien entre vitamine D et fertilité, à partir des données scientifiques disponibles, avec la nuance nécessaire : il existe de vraies pistes prometteuses, mais aussi des zones d'incertitude qu'il est important de connaître avant de tirer des conclusions hâtives.


Couple avec leurs mains sur le ventre de la femme enceinte


La vitamine D et fertilité : un rôle biologique encore sous-estimé

Contrairement à ce que son nom laisse penser, la vitamine D fonctionne dans l'organisme davantage comme une hormone que comme une simple vitamine. Une fois transformée par le foie puis les reins en sa forme active, elle se fixe sur des récepteurs spécifiques, les récepteurs VDR, présents dans de très nombreux tissus. Or des études ont mis en évidence la présence de ces récepteurs directement dans l'ovaire, l'endomètre, le placenta et, chez l'homme, les testicules. Ce constat a changé le regard porté sur cette vitamine : elle n'agit pas seulement sur les os, mais potentiellement aussi sur la fonction reproductive.

Des travaux menés sur des modèles animaux déficients en vitamine D ont montré des anomalies concrètes : hypoplasie utérine, troubles de la maturation folliculaire et difficultés de conception. Ces observations ont ouvert la voie à de nombreuses études chez l'humain, cherchant à savoir si un même mécanisme pouvait expliquer certaines difficultés de fertilité inexpliquées.


Vitamine D et fertilité chez la femme : ovulation, endomètre et qualité ovocytaire

Chez la femme, la vitamine D semble intervenir à plusieurs étapes du processus de conception. Elle participerait à la régulation des hormones sexuelles impliquées dans le déclenchement de l'ovulation, ainsi qu'à la maturation des ovocytes. Elle jouerait également un rôle au niveau de l'endomètre, la muqueuse utérine qui doit être suffisamment réceptive pour permettre la nidation de l'embryon.

Cet aspect prend une importance particulière en cas de SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) ou SMOP (syndrome métabolique ovarien polyendocrinien) : plusieurs études ont observé un lien entre un déficit en vitamine D et une aggravation des marqueurs métaboliques et hormonaux associés à ce syndrome, même si le lien de cause à effet reste encore à préciser. Il ne s'agit donc pas d'un facteur isolé, mais plutôt d'un élément qui s'inscrit dans un ensemble de mécanismes hormonaux à considérer globalement, en particulier chez les femmes ayant déjà un terrain hormonal fragilisé.



Vitamine D et fertilité masculine : un lien moins connu

La vitamine D ne concerne pas que les femmes en projet bébé : elle joue aussi un rôle du côté masculin, un aspect encore trop peu évoqué dans les discours autour de la fertilité. Une étude publiée dans la revue Human Reproduction a montré que la vitamine D était positivement associée à la mobilité des spermatozoïdes, via une augmentation du calcium intracellulaire nécessaire à leur déplacement (Blomberg Jensen et al., 2011). D'autres travaux ont par ailleurs rapporté qu'environ un tiers des hommes suivis pour infertilité présentaient un taux de vitamine D inférieur à la normale.

Ce constat invite à ne pas centrer l'attention uniquement sur la partenaire lorsqu'un couple prépare un projet de grossesse ou entame un parcours de PMA : la vitamine D et la fertilité masculine forment un duo qui mérite tout autant d'attention, d'autant que le mode de vie (temps passé en intérieur, faible exposition au soleil) touche les hommes autant que les femmes.



Carence en vitamine D en projet bébé : un facteur trop souvent ignoré

Ce qui rend cette question particulièrement importante, c'est l'ampleur de la carence dans la population générale. Une étude américaine portant sur des femmes suivies pour infertilité a par exemple montré que seulement 7 % d'entre elles présentaient un taux de vitamine D correct, les autres se répartissant entre insuffisance et carence franche. En France, la situation n'est pas très différente : entre le manque d'ensoleillement une bonne partie de l'année, le temps passé en intérieur et l'usage de protections solaires, une large partie de la population adulte présente un taux sous-optimal, en particulier en fin d'hiver.

Une carence peut passer totalement inaperçue, car les symptômes, quand ils existent, sont peu spécifiques : fatigue persistante, douleurs musculaires ou articulaires diffuses, moral en berne durant les mois les plus sombres. C'est précisément ce caractère silencieux qui rend le dosage sanguin utile : il permet d'objectiver la situation plutôt que de se fier à des impressions, surtout dans un contexte de désir de grossesse où chaque paramètre mérite d'être optimisé quand c'est possible.



Vitamine D et PMA : que dit vraiment la science ?

C'est sans doute la question la plus posée par les couples en parcours de procréation médicalement assistée : la vitamine D peut-elle réellement améliorer les chances de succès d'une FIV ? Les données disponibles sont intéressantes, mais demandent d'être présentées avec honnêteté et nuance.

Plusieurs études d'observation vont dans le même sens. Une étude américaine a par exemple établi un lien entre un taux de vitamine D suffisant et de meilleurs résultats de grossesse après fécondation in vitro (Rudick et al., 2012). Une méta-analyse portant sur l'ensemble des données disponibles à l'époque a confirmé cette tendance : les femmes ayant un taux de vitamine D correct avant une FIV présentaient un taux de naissance vivante significativement plus élevé que celles en carence (Chu et al., 2018). Une seconde méta-analyse est arrivée à des conclusions similaires concernant les taux de grossesse clinique après FIV ou ICSI (Zhao et al., 2018). Du côté des fausses couches, plusieurs travaux de synthèse ont également établi un lien entre carence en vitamine D et risque accru de perte de grossesse, sans toutefois pouvoir affirmer avec certitude un lien de causalité direct.

Cependant, un point mérite d'être souligné avec la plus grande transparence : le fait qu'une carence soit associée à de moins bons résultats ne prouve pas qu'une simple supplémentation suffise à inverser la tendance. À ce jour, il n'existe pas de données suffisamment solides démontrant qu'une supplémentation systématique en vitamine D améliore, à elle seule, les chances de réussite d'une PMA chez toutes les patientes. C'est pourquoi les centres de PMA n'appliquent pas de protocole unique : la décision de superviser une supplémentation dépend du dosage sanguin individuel, du contexte médical et du calendrier du protocole en cours. Cette nuance est essentielle pour éviter à la fois le découragement inutile en cas de carence détectée, et l'illusion qu'un simple complément suffirait à garantir une grossesse.


Couple en bord de mer au coucher du soleil

Comment optimiser son taux de vitamine D en projet bébé

En pratique, plusieurs leviers permettent d'agir sur son statut en vitamine D, en complément d'un suivi médical ou naturopathique adapté. La première source reste l'exposition au soleil : environ quinze à vingt minutes par jour, bras et jambes découverts si les conditions le permettent, suffisent en général à stimuler la synthèse cutanée de vitamine D aux beaux jours. En automne et en hiver, cette synthèse devient quasiment nulle sous nos latitudes, ce qui explique pourquoi les taux chutent naturellement à cette période, y compris chez des personnes actives et en bonne santé.

Sur le plan alimentaire, peu d'aliments en apportent naturellement des quantités élevées, mais certains s'en démarquent : les poissons gras (saumon, maquereau, sardine, hareng), le jaune d'œuf, ainsi que certains produits enrichis comme certains laits ou margarines. L'alimentation seule suffit rarement à couvrir les besoins, surtout en cas de carence déjà installée, ce qui explique pourquoi une supplémentation est fréquemment envisagée.

C'est justement sur ce point qu'un accompagnement individualisé prend tout son sens : la vitamine D étant liposoluble, elle peut s'accumuler dans l'organisme en cas de prise excessive et prolongée, contrairement aux vitamines hydrosolubles éliminées plus facilement. Un dosage sanguin de la 25-hydroxyvitamine D avant toute supplémentation permet d'ajuster précisément la dose nécessaire, plutôt que de se fier à une posologie générique trouvée en ligne. C'est une précaution d'autant plus importante en projet bébé ou en parcours de PMA, où il est préférable d'intégrer cette question directement dans le suivi global plutôt que de l'aborder de façon isolée.



FAQ : vitamine D et la fertilité


Faut-il systématiquement doser sa vitamine D quand on est en projet bébé ?

Ce n'est pas systématique, mais c'est une question à aborder avec son médecin ou sa sage-femme, en particulier en fin d'hiver ou en cas de facteurs de risque (peu d'exposition au soleil, peau mate ou foncée, alimentation peu variée). Un simple dosage sanguin permet de savoir si une action est utile.


Une carence en vitamine D empêche-t-elle de tomber enceinte ?

Non, une carence en vitamine D n'est pas, à elle seule, une cause d'infertilité. Elle est plutôt considérée comme un facteur associé, qui peut s'ajouter à d'autres éléments et peser sur le contexte hormonal global, sans empêcher systématiquement la conception.


La vitamine D améliore-t-elle vraiment les résultats d'une FIV ?

Les études d'observation montrent qu'un taux correct de vitamine D est associé à de meilleurs résultats de FIV, mais il n'est pas encore prouvé qu'une supplémentation à elle seule augmente mécaniquement les chances de succès. C'est un facteur parmi d'autres, à discuter avec l'équipe de PMA.


Quand faut-il commencer à s'intéresser à sa vitamine D avant une PMA ?

Idéalement, quelques mois avant le début du protocole, pour avoir le temps de corriger une éventuelle carence si le dosage le révèle, plutôt que de découvrir la situation en cours de traitement.


La vitamine D concerne-t-elle aussi les hommes en projet bébé ?

Oui : plusieurs études associent un taux correct de vitamine D à une meilleure mobilité des spermatozoïdes. La question du terrain nutritionnel mérite donc d'être posée pour les deux membres du couple, pas seulement pour la femme.


Peut-on se supplémenter seul, sans avis médical ?

Ce n'est pas recommandé, en particulier en projet bébé. La vitamine D pouvant s'accumuler dans l'organisme, un dosage sanguin préalable permet d'ajuster la dose réellement nécessaire plutôt que de se fier à une posologie générale.




Conclusion

La vitamine D et fertilité entretiennent un lien de plus en plus documenté par la recherche scientifique, aussi bien chez la femme que chez l'homme : récepteurs présents dans les organes reproducteurs, association avec la qualité de l'endomètre et des ovocytes, avec la mobilité des spermatozoïdes, et avec de meilleurs résultats de FIV en cas de taux suffisant. Ces données méritent d'être prises au sérieux, sans pour autant tomber dans une promesse simpliste : à ce jour, rien ne garantit qu'une supplémentation systématique suffise, à elle seule, à améliorer les chances de conception chez toutes les femmes.

La démarche la plus raisonnable reste donc un dosage sanguin, suivi si besoin d'une correction adaptée à chaque situation, en s'appuyant à la fois sur l'exposition au soleil, l'alimentation et, si nécessaire, une supplémentation encadrée. Intégrée dans une approche globale du terrain, en complément d'un suivi médical le cas échéant, la vitamine D constitue un levier simple et accessible à ne pas négliger dans un projet de conception ou un parcours de PMA.




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Mylène, naturopathe spécialisée en fertilité et en équilibre hormonal




Cet article a un but informatif et ne saurait remplacer un avis médical. En cas de doute concernant votre fertilité, votre taux de vitamine D ou votre parcours de PMA, il est important de consulter un médecin ou un gynécologue.




Sources scientifiques :

  • Rudick B, Ingles S, Chung K, Stanczyk F, Paulson R, Bendikson K. Characterizing the influence of vitamin D levels on IVF outcomes. Human Reproduction, 2012;27(11):3321-3327.

  • Chu J, Gallos I, Tobias A, Tan B, Eapen A, Coomarasamy A. Vitamin D and assisted reproductive treatment outcome: a systematic review and meta-analysis. Human Reproduction, 2018;33(1):65-80.

  • Zhao J, Huang X, Xu B, Yan Y, Zhang Q, Li Y. Whether vitamin D was associated with clinical outcome after IVF/ICSI: a systematic review and meta-analysis. Reproductive Biology and Endocrinology, 2018;16(1):13.

  • Blomberg Jensen M, Bjerrum PJ, Jessen TE, et al. Vitamin D is positively associated with sperm motility and increases intracellular calcium in human spermatozoa. Human Reproduction, 2011;26(6):1307-1317.


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Mylène Levallois

Naturopathe spécialisée en équilibre hormonal et fertilité

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